Pour Alice Albertini, art-thérapeute MA et directrice d’Art-thérapie francophone, « il est temps que l’art-thérapie soit admise comme une approche rigoureuse et pertinente parmi les autres métiers du soin ». C’est pourquoi elle a rassemblé, en un seul document avec références scientifiques, de véritables données cliniques et empiriques qui vont dans le sens de ce que « nous, art-thérapeutes professionnels, sommes témoins quotidiennement dans nos ateliers, en institution et cabinets privés ». Plus qu’un coût, l’art-thérapie est « un investissement dans la santé globale et durable de nos patients, avec un retour sur investissement désormais chiffré et référencé ».
Un impact neurologique démontré par l’imagerie cérébrale
Les recherches en neurosciences – travaux de Kaimal et ses collègues utilisant l’IRMf (2019) ainsi que ceux de Belkofer avec l’EEG (2012) – mettent en lumière des mécanismes surprenants. Ils montrent notamment que le taux de cortisol, hormone du stress qui inonde notre corps en cas d’anxiété, chute notablement après une séance d’art-thérapie, tandis que l’échange entre les zones émotionnelles et logiques du cerveau s’améliorent.
De même, après seulement 45 mn de création artistique, l’activité dans le cortex préfrontal droit augmente significativement. Cette région est associée à la capacité à nous détendre et à réguler nos tensions.
Un soutien de la neuroplasticité, cette capacité du cerveau à former de nouvelles connexions entre les neurones et à permettre le changement
Les travaux de Doidge (2019) et Schore (2012) établissent que :
- la création artistique stimule la formation de nouveaux circuits neuronaux,
- ce remodelage cérébral facilite concrètement la récupération, spécialement chez les personnes ayant subi un traumatisme,
- l’art-thérapie renforce les circuits d’attachement sécurisant.
Un cortex préfrontal activé, permettant une meilleure gestion du stress et des émotions
Les recherches de Hass-Cohen et Carr (2008) montrent que la création artistique :
- permet d’apaiser l’amygdale, réduisant ainsi l’anxiété et les réactions de peur excessive,
- améliore la communication entre le cerveau émotionnel (système limbique) et le cerveau rationnel (cortex préfrontal).
Cette intégration neurologique permet aux patients de développer une meilleure conscience de leurs émotions et d’acquérir des stratégies d’auto-régulation durables.
Une capacité à contourner les blocages cognitifs liés aux traumatismes
Les travaux de Van der Kolk (2014), Klein (2013) et Malchiodi (2020) établissent que les traumatismes perturbent le fonctionnement de l’aire de Broca (zone du langage), rendant difficile la verbalisation des expériences traumatiques.
Or l’expression créative engage des parties du cerveau qui contournent ces blocages et activent des mécanismes de réparation neuronale. Les patients n’ont donc pas à revivre pleinement l’expérience traumatique, comme cela peut se produire dans d’autres approches.
Une action directe sur la régulation du système nerveux autonome
Les recherches de Johanne Hamel (2007) et Cornélia Elbrecht (2014) montrent que certains médiums comme l’argile ou l’aquarelle facilitent la reconnexion progressive entre le ressenti physique et la compréhension émotionnelle.
Cette reconnexion corps-esprit est particulièrement bénéfique pour les patients souffrant de troubles psychosomatiques ou de douleurs chroniques, dans lesquels l’approche médicamenteuse seule montre souvent ses limites.
Des améliorations cliniques mesurables
Quelques chiffres en guise d’illustration :
- réduction de 73% des symptômes d’anxiété, de stress et de dépression, notamment chez les enfants atteints de troubles du spectre autistiques (White et al., 2009),
- diminution de 34% des douleurs et de la fatigue chez les patients atteints de cancer (Monti et al., 2006),
- amélioration notée chez 71% des patients souffrant de douleurs chroniques (Shell, 2018),
- soulagement constaté chez 85% des femmes enceintes souffrant de dépression ou d’anxiété prénatale (Jeffs, 2021).
Ces statistiques démontrent les effets concrets de l’art-thérapie dans des contextes cliniques variés et avec des populations diverses.
Une adaptation à diverses populations cliniques
L’art-thérapie peut s’adapter à une grande variété de personnes, comme par exemple :
- jeunes souffrant de difficultés sociales (Cobbett, 2016),
- stimulation cognitive et amélioration de l’humeur chez les personnes atteintes de maladies neurodégénératives telles Alzheimer (Chancellor et al., 2014),
- réduction de l’anxiété et de la fatigue liés aux traitements oncologiques (Kievisiene, 2020)…
En conclusion : un investissement humain et économique sensé
Une étude menée par Bowen et al. (2024) a été la première à quantifier l’impact économique des programmes d’art-thérapie (USA). Les résultats montrent un retour social sur investissement remarquable : pour chaque euro investi dans ces programmes thérapeutiques, 3,50€ sont générés en valeur sociale et économique.
Comme l’ont pointé Prioli et al. (2017), l’art-thérapie est rentable parce qu’elle aborde simultanément plusieurs dimensions de la santé, réduisant ainsi le besoin de traitements médicaux plus coûteux.
Un même art-thérapeute peut intervenir auprès de populations différentes en quelques jours ; cette polyvalence est précieuse pour les établissements aux ressources limitées.
En aidant les patients à développer des ressources internes, les art-thérapeutes contribuent à prévenir les rechutes, générant ainsi des économies substantielles à long terme.